30 colocations. 4 communes. 14 mois de suivi entre septembre 2024 et novembre 2025. Rendement net moyen observé : 8,1 %, écart-type 0,9 point. Fourchette honnête entre 7,2 % et 9,4 % selon la commune et la qualité du bien.
Voilà ce que cette mini-étude a produit, et ce qu'elle dit vraiment sur la coloc en Île-de-France quand on arrête de regarder du rendement brut sur une plaquette de marchand de biens.
La méthode : 30 colocs, 4 communes, 14 mois de données
L'échantillon : 8 colocs à Cergy, 7 à Évry-Courcouronnes, 7 à Nanterre, 8 à Saint-Denis. Surfaces entre 75 et 110 m², toutes en T4 ou T5 divisé. Chambres louées entre 480 et 680 € charges incluses, selon la ville.
Sur chaque bien, j'ai suivi quatre paramètres qui font ou défont une coloc : la vacance par chambre (en jours sur l'année), le turnover (combien de locataires changent en 12 mois), les charges réelles payées par le bailleur, et la fiscalité simulée en LMNP réel avec amortissement.
Les rendements affichés plus bas sont nets nets. Vacance réelle déduite, gestion incluse (qu'elle soit déléguée ou que je l'aie valorisée à 6 % du loyer quand le proprio gère lui-même), CFE, taxe foncière, charges copro non récupérables, dépannages. Pas de rendement brut maquillé. Pas de "11 mois loués sur 12" théorique.
C'est ça qui change tout.
Cergy : le ticket d'entrée le plus abordable
Sur les 8 colocs cergyssoises, le profil type est un T4 de 85 m² du côté de Saint-Christophe ou en Grand Centre, acheté entre 235 000 et 265 000 €. Travaux de division (cloisons, deuxième salle d'eau, parfois petite cuisine reprise) : 12 000 à 18 000 €.
Loyer pratiqué : 540 €/chambre charges comprises, quatre chambres, soit 2 160 €/mois. Vacance constatée : 18 jours par chambre et par an, concentrés sur la fenêtre août-octobre. Hub étudiant solide avec l'ESSEC, CY Tech (ex-EISTI), CY Cergy Paris Université, plus les écoles satellites.
Rendement net LMNP observé : 8,7 %.
Le piège, et il est réel : 62 % de rotation annuelle sur l'échantillon. Tu refais les états des lieux six à sept fois par an. La fin d'été est un sprint, et si tu n'as pas une short-list de candidats préparée en juin, tu manges trois semaines de vacance en septembre. Cergy paie bien, à condition d'accepter une gestion active. Pour quelqu'un qui veut investir et oublier, oublie justement.
Évry-Courcouronnes : le rendement maximum, et son prix caché
Le ticket d'entrée le plus bas des quatre. T4 de 90 m² centre-ville ou côté Aguado : 175 000 à 205 000 €. Travaux de division un peu plus lourds, 14 000 à 22 000 €, parce que le bâti années 70 demande souvent de reprendre l'électricité en même temps.
Loyer : 480 €/chambre, quatre chambres, 1 920 €/mois. Vacance moyenne : 28 jours par chambre. Rendement net LMNP affiché : 9,4 %.
Sauf que. Sur les 7 colocs suivies, le taux d'impayés monte à 8 % contre 3 % à Cergy. Rotation à 71 %. La tension locative est variable, certains mois tu places en 48 h, d'autres tu galères trois semaines avec deux visites. La gestion demande deux fois plus de temps qu'à Cergy à structure égale.
Mon constat après 14 mois : Évry, c'est un terrain d'investisseur expérimenté. Soit tu sais y faire et tu encaisses le meilleur rendement de l'échantillon, soit tu passes par un mandat de gestion locative spécialisé colocation (compte 7 à 9 % du loyer encaissé) et ton 9,4 % tombe à 8,2 %. Ce qui, du coup, te place au niveau de Saint-Denis avec plus de risque.
Nanterre : le hack RER A + Paris-Nanterre
Le plus cher des quatre à l'achat. T4 80 m² Centre-Université ou République : 285 000 à 320 000 €. Travaux : 15 000 à 20 000 €.
Mais regarde les loyers : 620 €/chambre, quatre chambres, 2 480 €/mois. Et surtout, la vacance s'effondre à 11 jours par chambre et par an. Université Paris-Nanterre, IUT, écoles d'ingé à courte distance, RER A direct sur La Défense pour les jeunes cadres en alternance.
Rendement net LMNP : 7,4 %. Sur le papier, c'est le plancher de l'étude. Sauf que le turnover tombe à 48 %, parce que les locataires sont souvent en master sur deux ans et restent. Tu refais l'état des lieux trois fois par an, pas sept. Tu dors mieux.
Attention quand même : tout Nanterre n'est pas Nanterre. Le Petit-Nanterre, sur les 2 colocs que j'y ai suivies, a tourné à 25 jours de vacance par chambre, avec un turnover qui rejoint Évry. Le différentiel de prix au m² ne compense pas. Vise Centre-Université, République, ou la frange est vers Préfecture.
Saint-Denis : la double cible qui change tout
T4 85 m² Pleyel-Confluence ou autour de la Basilique : 240 000 à 285 000 €. Travaux 12 000 à 19 000 €. Loyer 560 €/chambre, quatre chambres, 2 240 €/mois. Vacance : 16 jours par chambre.
Rendement net LMNP : 8,2 %.
Ce qui fait la différence à Saint-Denis, c'est la double demande. D'un côté les étudiants de Paris 8 et des BTS du nord parisien, de l'autre les jeunes cadres et alternants qui bossent à Pleyel ou à La Plaine. Quand un étudiant part en juillet, un jeune actif peut reprendre la chambre en septembre. Le flux est stable presque toute l'année, ce qui explique la vacance contenue.
Bémol honnête : l'effet Grand Paris Express est déjà dans les prix. Si tu achètes Saint-Denis aujourd'hui en pariant sur une plus-value à la mise en service complète, tu arrives après la bataille. La valorisation patrimoniale court terme est plafonnée. Mais en pur rendement locatif, c'est le meilleur compromis de l'étude.
Le classement final, pondéré rendement + sécurité + gestion
Si je pondère les trois axes (rendement net, stabilité du flux, charge mentale de gestion) :
- Saint-Denis : rendement honnête, gestion modérée, flux locataires stable toute l'année.
- Cergy : meilleur rendement net du peloton accessible, mais gestion saisonnière intense.
- Nanterre : sécurité maximale, rendement plancher mais sommeil de qualité.
- Évry-Courcouronnes : rendement max sur le papier, charge de gestion qui le rogne dès que tu honores la réalité.
Pour un premier achat en colocation, je dirais Cergy ou Saint-Denis sans hésiter. Pour un investisseur qui empile déjà trois ou quatre biens et veut ajouter du rendement à un portefeuille déjà sécurisé ailleurs, Évry trouve sa place.
Les 5 erreurs qui plantent une coloc, vues sur le terrain
Erreur 1 : viser 5 chambres dans un T4. Tu te retrouves avec des chambres de 8 m², invendables en location dès que le marché se détend. Trois ou quatre chambres confortables, point.
Erreur 2 : meubler en Ikea premier prix. Tu casses tous les 18 mois, tu remplaces, tu repasses des journées en montage. Budget 350 à 500 € par chambre en intermédiaire, ça tient 5 ans.
Erreur 3 : un seul bail solidaire pour tout le monde. Quand un coloc part, les autres paient pour lui jusqu'à ce que tu reloues. Conflit garanti. Baux individuels, chacun son loyer, chacun sa caution.
Erreur 4 : une seule salle de bain pour quatre. Catastrophe matinale, plaintes mensuelles, turnover qui explose. Deux SDB minimum, même si ça oblige à reprendre la plomberie au moment des travaux.
Erreur 5 : sous-estimer les charges du bailleur. Internet fibre, ménage des parties communes une fois par mois, assurance PNO, dépannages courants : compte 80 à 130 €/mois par coloc que tu finances. Si tu l'oublies dans ton calcul, ton rendement annoncé saute d'un point.
Le calcul à faire avant de signer
La formule honnête tient sur une ligne. Loyer mensuel total × 11,4 (le 11,4 intègre la vacance moyenne réelle, pas 12), moins charges copro non récupérables, moins taxe foncière, moins assurance PNO, moins gestion (ou 6 % si tu gères toi-même, ton temps a un prix), moins entretien à 1,5 % du prix d'achat par an, moins CFE, moins l'impôt LMNP au réel après amortissement. Tu divises ce résultat par le coût total : prix d'achat + travaux + frais de notaire.
Si tu tombes sous 7 %, refais l'analyse, il y a un trou quelque part. Si tu dépasses 8,5 %, vérifie que tu n'as pas surestimé les loyers de marché ou sous-estimé la vacance, parce que sur les 30 colocs suivies, deux seulement ont dépassé 9 %, et ce sont les deux qui demandent le plus de gestion.
Le mensonge le plus répandu du marché de la coloc, c'est le rendement brut affiché sans vacance ni gestion. Quand un vendeur ou un marchand de biens te sort 10 % brut, traduis tout de suite : 7 % net si tout va bien, 6 % si tu as une mauvaise année. C'est sur cette traduction-là que se joue la rentabilité réelle d'une coloc en 2026.
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